Affaire PIP : les montages financiers acrobatiques de M. Mas
Publié le 23 janvier 2012 à 20:52 Aucun CommentaireJean-Claude Mas était un bon vendeur . Mais le patron de la société PIP n’a jamais eu le goût de la gestion d’entreprise, de la tenue des comptes, du détail financier, déclarait récemment au Monde son avocat, Me Yves Haddad, qui le fréquente depuis cinq ans. Est-ce pour cela que l’argent de sa société s’avère à ce point difficile à  retrouver  pour la justice ?

Photo non datée de Jean-Claude Mas, diffusée par Interpol en décembre, alors qu’il était recherché par le Costa Rica pour des soupçons de conduite en état d’ivresse.
En 2007, au sommet de sa gloire, la compagnie réalisait un chiffre d’affaire de plus de 13 millions d’euros, notamment grâce aux talents de VRP de M. Mas en Amérique latine, où il écoulait l’essentiel de ses implants mammaires défectueux. C’était avant que la crise économique n’épuise son carnet de commande et ses clients douteux ; avant que la multiplication des accidents et des plaintes ne jette le doute sur les implants PIP.
Vendredi 20 janvier, à Toulon, le liquidateur de l’entreprise varoise mise en faillite en mars 2010 était assigné en référé. Il ne s’est pas présenté à l’audience, « faute de fonds en compte ». Une plainte a été déposée le même jour par une victime contre la famille de Mas, contre PIP et contre X. Elle vise notamment des faits de banqueroute frauduleuse, d’abus de bien sociaux, d’organisation d’insolvabilité et de blanchiment aggravé. « Nous voulons savoir  où sont passés les actifs de PIP », a résumé Me Christine Ravaz, l’avocate de la victime. La tâche risque d’être  difficile.
PARADIS FISCAUX ET ÉCHAPPÉE AMÉRICAINE
En 1998, la compagnie PIP, fondée dans le Var sept ans plus tôt, passe sous le contrôle de deux sociétés-écrans basées au Luxembourg, Milo Finance et Penny Holding. Les deux compagnies sont administrées par un juriste français installé dans le duché, Alain Sereyjol-Garros, suicidé en 2007.
Ce sont ces sociétés-écrans qui coifferont PIP lorsque la compagnie s’en ira quêter  de l’argent frais auprès de fonds d’investissements américains en 2003, sous un prête-nom local, pour continuer  à se développer . Selon les déclarations de M. Mas aux gendarmes, les banques européennes « abandonnaient »Â alors sa compagnie, en « supprimant des lignes d’escompte ».
Jean-Claude Mas s’allie donc à un aventurier de la chirurgie esthétique, Donald McGhan, ancien employé du laboratoire de Dow Corning , la société qui fabriqua les premiers implants mammaires américains, au début des années 1960. McGhan, qui a dirigé plus tard l’une des principales société d’implants au monde et connu de nombreux démélés avec la justice , purge aujourd’hui une peine de dix ans de prison au Texas, pour avoir  utilisé à son compte les fonds de ses clients dans une compagnie immobilière.
Les deux hommes se partagent les parts de la compagnie Heritage Worldwide , qui rachète 94 % de PIP en février 2003  à Milo Finance, selon le rapport de l’administrateur judiciaire de la compagnie au Tribunal de commerce de Toulon, qui a prononcé la liquidation de PIP le 30 mars 2010. La société est basée dans l’Etat du Delaware, souvent considéré comme un paradis fiscal. L’introduction d’Heritage en bourse, sur le segment OTC du Nasdaq, lui a permis de lever  plusieurs millions de dollars.
MORT DES ADMINISTRATEURS
Parmi les administrateurs de Heritage, on retrouvait, en 2003, M. Sereyjol-Garros, qui sera écarté peu après de la gouvernance des compagnies par M. Mas. Aux gendarmes, ce dernier a décrit son associé luxembourgeois comme le « principal actionnaire »Â de PIP. Il l’accuse de l’avoir  fait « chanter »Â en 2005 « sur des déclarations fausses concernant l’entrée en Bourse »Â de la compagnie aux Etats-Unis.
D’après une source judiciaire au Luxembourg, M. Sereyjol-Garros s’est jeté par la fenêtre de son appartement, fin janvier 2007, à 66 ans. Selon  Libération , il avait fait une première tentative de suicide à l’été 2006. Son compagnon, Fabio Pezzera, est mort d’une overdose quatre mois plus tard, dans le même appartement, à 39 ans.
La mort de ces deux hommes, non déclarée au registre du commerce luxembourgeois bien que la loi l’impose, a entraîné la liquidation des sociétés qu’ils administraient – sans siège social au Luxembourg ni comptes déposés depuis 2002, selon Libération. La procédure est toujours en cours.
En août 2011, un troisième homme ayant travaillé aux montages financiers de PIP est mort, dans un accident de moto, dans le Var : le banquier d’affaire Fabrice Viguier, qui avait organisé le rachat de PIP par son prête-nom américain Heritage, via le fonds de pension californien Gem. Il réclamait une créance de 2,3 millions d’euros à PIP devant la justice luxembourgeoise. Après la fermeture de PIP, Gem avait été choisi comme repreneur de l’entreprise, alors que M. Mas développait un projet concurrent avec sa famille.
Source © Le Monde.fr, avec AFP et Reuters – Photo : AFP/HO.
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